TENEBRES ET LUMIERE * Vision traditionnelle sur l'art contemporain "Tout le monde tient le bien pour le bien et c'est en cela que réside le mal". Tchouang Tseu, Vème siècle avant J-C La seule impression laissée par la contemplation d'une oeuvre est souvent considérée comme critère déterminant pour la qualifier d'esthétique". D'autres pensent encore que la valeur artistique est liée au prix de l'oeuvre, lui-même dépendant de stricts critères économiques tels la loi de l'offre et de la demande, ainsi que de la volonté de possession / convoitise de l'acheteur potentiel. Initialement, il n'existe pas de notion "d'art pour l'art", et ce jusqu'à la fin de la période médiévale. La conception traditionnelle implique que l'art ait pour objet d'assurer une liaison entre les individus dans un contexte social donné et une réalité transcendante. L'art est alors strictement signifiant et déterminé par un ensemble de signes et de symboles assurant la jonction des mondes et leur continuité. Une évidente sacralité est présente en tout objet manufacturé, et la justesse de l'intention enclose explique l'émanation de la justesse des formes, proportions et couleurs. En fait, la connaissance et la disposition adéquate des divers éléments constitutifs de l'oeuvre, l'obéissance aux canons, la vacuité de l'âme psychique de l'artiste, l'absence de tout sentimentalisme déterminent l'actualisation de la présence d'une influence spirituelle leur correspondant et appelée par l'intention. Il s'ensuit un saisissement permettant la perception directe, ontologique, de l'Essence de la chose et sa compréhension. En un mot, s'accomplit alors le passage de l'Image vers la Ressemblance. Ceci s'effectue à l'inverse de toute tentative d'intellectualisation telle que la conçoit l'occidental, décortication méthodique dont les filtres sont constitués exclusivement par des critères psychosentimentaux et économiques. On touche ici la distinction radicale entre le cultuel et le culturel. Une des principales manifestations de l'art moderne consiste dans une tentative désespérée d'exorciser la vacuité de notre monde et de retrouver la liaison avec ce que l'on nomme de manière générale le sacré. En ce sens, l'art contemporain ne saurait être considéré en tant que tel comme un art traditionnel, mais on peut observer qu'il s'inscrit dans un schéma traditionnel qui est celui de la chûte et de ses représentations, ainsi que des moyens pour y remédier, dans le cadre bien entendu du mythe judéo-chrétien, et ce par le moyen de l'approche antinomique. La question de la qualification de l'artiste se pose : au nom de quoi ou de qui agit-il ? Qu'a-t'il à nous proposer hormis ses états d'âme ? Dans une conception traditionnelle, l'artiste est en quelque sorte un pontife, établissant ou rétablissant la liaison entre le ciel et la terre après avoir reçu les qualifications requises. Actuellement, l'artiste cherche consciemment ou inconsciemment à extérioriser, "projeter hors de lui-même ce qu'il sent pour le faire voir aux autres". (René Huyghe, conférence donnée à Paris en février 1983). L'art témoigne de l'artiste, et, au-delà, de l'humanité qui lui est contemporaine. Du fait même de l'extrême sensibilité des artistes, il permet une vision d'actualité, ou même anticipée sur les phénomènes de société et les problèmes existentiels du temps. Poussé par une nécessité intérieure qui bien souvent échappe à son contrôle, il met en place des représentations, des images dont il propose la contemplation aux spectateurs. Ces images sont symboliques, ce qui implique qu'au-delà des apparences, elles établissent un lien avec une réalité non perceptible par la conscience ordinaire, pouvant aussi bien se référer aux niveaux supra ou infra humains de l'être. Le spectateur devient alors acteur, et, si tant est que sa sensibilité le lui permette, il effectue le chemin de la création à rebours, c'est-à-dire qu'il part de l'image qu'il contemple pour arriver à la perception, voire à l'expérimentation de l'état auquel l'image se réfère.
L'artiste en tant qu'individu cherche à exprimer ce qui a pu l'émouvoir. Parallèlement, il véhicule ce que son intuition lui permet de percevoir du monde dans le quel il vit et de son devenir potentiel. Ainsi, il traduit, consciemment ou non, une réalité qui le dépasse le plus souvent au niveau de son individualité propre, réalité représentative du contexte social auquel il se rattache. Il joue un rôle de précurseur, de prophète, nous proposant et nous obligeant à ouvrir les yeux sur ce que nous sommes devenus dans nos structures individuelles et sociales. On a dit bien souvent que l'art moderne traduisait l'angoisse de notre temps. On lui trouve accolé des qualificatifs caractéristiques : vide, fragmentation, morcellement, destruction éparpillement, violence. Cette angoisse du réel, aboutissant au vide, se trouve déjà à l'aube du xxè siècle dans des oeuvres majeures, au moment de la rupture avec les styles "classiques". Ne pourrait-on pas plutôt parler de dépouillement, de perte des repères-certitudes, d'un "lacher-prise" indiquant que l'angoisse existentielle ne vaudrait que si elle était combattue par le moyen du renoncement. "L'homme moderne est tiraillé entre une spiritualité refoulée qui l'accable de remords et une matière organisée qui le tyrannise en lui offrant sa puissance." Aujame, peintre. En fait, on pourrait y voir la quête d'une nouvelle expression métaphysique, montrant la véritable dimension spirituelle inhérente à toute créature, passage de la vie à la mort et de la mort à la vie. Cet exercice implique une rupture complète dans la représentation du monde qui nous est proposée dès notre plus jeune age et introduit vers des formes nouvelles de perception. Cet accroissement de notre champ d'investigation potentiel au travers des états multiples de l'être se retrouve dans la création de l'oeuvre d'art, qui ,aussi minimaliste veuille-t'elle être, ne constitue pas moins une expansion dans l'espace. Cette expansion ouvre des portes sur l'Inconnu, et en cela, l'art constitue au-delà du langage ordinaire, un langage symbolique adapté à l'expression de certaines réalités par le moyen d'une expression formelle. Une des notions fondamentale dans les arts plastiques est celle du rythme. Au travers de la peinture et de la sculpture, il apparaît comme "fixé en simultanéité" et lié aux formes géométriques, elles-mêmes "traductions spatiales des nombres et de leur rapport". (René Guénon, mélanges, Gallimard 1976 p.108).
Etat d'existence -----> forme symbolique -----> Image l'artiste traduit dans l'intention par un cryptage Image -----> forme symbolique -----> Etat le spectateur décrypte au travers de sa sensibilité
De la tradition... ...à la modernité Recherches plastiques
[./modernite_art_contemporainpag.html]
[./defaultpag.html]
ACTIVITES
[./art_contemporainpag.html]
[./adherentspag.html]
[./contactspag.html]
[./modernite_art_prophetisme_01pag.html]
[./modernite_recherches_01pag.html]
SEREST
[./art_contemporainpag.html]
[./modernite_art_contemporain_02pag.html]
[./modernite_art_contemporain_02pag.html]
[./presentation_serestpag.html]
[Web Creator] [LMSOFT]